
« Mes images sont nées un jour de pluie,
quand la ville semblait se dissoudre lentement.
Je ne cherchais pas à voir, mais à retenir. »
Je photographie le monde tel que je le traverse :
en mouvement, sous la pluie, à travers des vitres, des reflets, des lumières instables.
La pluie, le flou, les reflets ne sont pas des effets.
Ils sont la trace d’un regard qui cherche moins à montrer qu’à retenir
ce qui glisse. Ce qui disparaît. Ce qui insiste malgré tout.
Je travaille sans mise en scène.
Les images naissent dans des conditions réelles : une ville sous la pluie,
une vitre, un mouvement, une lumière fragile.
Le monde n’est pas arrangé. Il est traversé.
Photographier, pour moi, n’est pas figer.
C’est rester au plus près d’un moment instable,
là où les formes se défont,
où la netteté n’est plus une priorité,
où l’émotion précède la reconnaissance.
Mes images parlent de seuils.
Entre apparition et disparition.
Entre présence et souvenir.
Entre ce que l’on voit et ce que l’on ressent.
Un tirage n’est pas un objet décoratif.
C’est une image avec laquelle on vit.
Elle ne s’impose pas.
Elle accompagne.
Elle change selon la lumière, le temps, l’état de celui qui la regarde.
Si ces photographies existent aujourd’hui sous forme de tirages,
c’est pour prolonger ce regard-là.
Non pas pour posséder une image, mais pour habiter un instant.

