« Mes images sont nées un jour de pluie,
quand la ville semblait se dissoudre lentement.
Je ne cherchais pas à voir, mais à retenir. »
Je photographie le monde tel que je le traverse :
en mouvement, sous la pluie, à travers des vitres, des reflets, des lumières instables.
La pluie, le flou, les reflets ne sont pas des effets.
Ils sont la trace d’un regard qui cherche moins à montrer qu’à retenir
ce qui glisse. Ce qui disparaît. Ce qui insiste malgré tout. Comme par exemple dans « After moon » ou « La maison qui pleure ».
Je travaille sans mise en scène.
Les images naissent dans des conditions réelles : une ville sous la pluie,
une vitre, un mouvement, une lumière fragile.
Le monde n’est pas arrangé. Il est traversé.
Photographier, pour moi, n’est pas figer.
C’est rester au plus près d’un moment instable,
là où les formes se défont,
où la netteté n’est plus une priorité,
où l’émotion précède la reconnaissance.
Mes images parlent de seuils.
Entre apparition et disparition.
Entre présence et souvenir.
Entre ce que l’on voit et ce que l’on ressent.
Un tirage n’est pas un objet décoratif.
C’est une image avec laquelle on vit.
Elle ne s’impose pas.
Elle accompagne.
Elle change selon la lumière, le temps, l’état de celui qui la regarde.
Si ces photographies existent aujourd’hui sous forme de tirages,
c’est pour prolonger ce regard-là.
Non pas pour posséder une image, mais pour habiter un instant.
« Le nez au vent » en est une illustration fugace.
Biographie
Sophie Moisan est photographe. Elle vit et travaille à Paris, en France.
Son approche photographique s’est construite au fil des années autour d’une vision profondément personnelle, empreinte d’émotion et d’intimité. Inspirée par l’impressionnisme, elle explore une photographie qui ne cherche pas à restituer fidèlement le réel, mais à en traduire la perception sensible. Le flou, les altérations, les déformations de l’image deviennent un langage, une manière d’évoquer des états d’âme, des souvenirs, des résonances intérieures.
Son rapport à la photographie s’enracine très tôt. Enfant, elle découvre le travail de sa mère, photographe reporter, qui avait installé son laboratoire photo à domicile. Les heures passées à développer des images sous la lumière rouge du laboratoire constituent pour elle des souvenirs fondateurs. Dès l’âge de sept ans, elle s’empare d’un premier appareil photographique. Sa toute première image — une photographie triviale, presque absurde — marque pourtant déjà un rapport intuitif et conceptuel à l’image.
Sophie Moisan se forme ensuite à l’École Supérieure de Réalisations Audiovisuelles (ESRA). Elle s’oriente d’abord vers le monde de la création publicitaire et audiovisuelle, travaillant comme conceptrice-rédactrice au sein d’agences telles que RSCG Havas et Dassas Jaglin, puis comme scénariste pour France Télévisions.
Un événement personnel marquant la ramène finalement à sa pratique première : la photographie d’art en tirage limité. Elle s’y engage alors pleinement, non comme un simple médium visuel, mais comme un espace d’exploration intérieure.
Pour Sophie Moisan, photographier consiste autant à explorer le dedans qu’à capter le dehors. Elle transforme l’image dès la prise de vue, introduisant flous, déformations et fragments pour traduire la poésie fragile de moments simples et quotidiens. La pluie, omniprésente dans son travail, devient une matière sensible : gouttes éphémères, larmes possibles, traces de mélancolie ou d’un bonheur indicible.
Ses images invitent le spectateur à projeter sa propre mémoire, à habiter l’image avec son histoire.